Lou Reed – Berlin Filmé par Julian Schnabel

BERLIN
«Lou Reed a enregistré l’album Berlin en 1973.
Ce fut un échec commercial.
Jamais au cours des 33 années qui ont suivi, il n’a interprété cet album en concert.
Lors de cinq soirées en décembre 2006, au St Ann’s Warehouse de Brooklyn, Lou Reed a joué son chef-d’œuvre qui nous montre les sœurs obscures de l’amour que sont la jalousie, la rage et la perte.»

Début 1973, Lou Reed avait pourtant la cote, après le succès de l’album « Transformer », et de son tube inoubliable « Walk On The Wild Side » dont l’efficacité avait fait passer des thèmes aussi tabous que l’homosexualité, la prostitution et les drogues.
Lou Reed cherchait comment nourrir sa musique d’ambitions plus littéraires. Engagé comme producteur alors qu’il n’a que 22 ans, le Canadien Bob Ezrin permettra d’accoucher de « Berlin », album- concept. « Lou Reed »représentait à la fois une force séminale du rock et un écrivain capable de condenser une vie dans une chanson de trois minutes. Je me suis dit : pourquoi ne pas lui permettre d’écrire son roman ? » Lors d’une de leurs premières rencontres, Ezrin prend en exemple une chanson, Berlin, déjà sortie en 1972, sur le premier album solo de Lou Reed« La chanson parlait de deux amants. Je lui ai dit : «Qu’arrive-t’il aux personnages ? Pourquoi ne pas les retrouver dans d’autres chansons? » Un mois après, il avait tout écrit. »
Lou Reed raconte le destin de Jim et Caroline, leur amour miné par la drogue, la débauche, la jalousie, et la violence. Jamais dans le rock, on n’avait parlé aussi crûment de la glaciation des relations humaines.

« Caroline dit, en se relevant du sol
Pourquoi me frappes-tu? Ce n’est pas drôle
Caroline dit, en maquillant son œil tuméfié
Tu devrais apprendre à te connaitre un peu mieux
A penser à autre chose qu’à toi… »
(Extrait de la chanson « Caroline says 11 »)
Caroline ne supportera pas qu’on lui retire la garde de ses enfants…

« Ils lui retirent ses enfants
Parce qu’ils disent que c’est une mauvaise mère
A cause de tout ce qu’on a raconté sur elle
L’officier noir de l’Air Force et tous ceux qui l’ont précédé
Et puis toutes ces drogues qu’elle s’est injectée… »
(Extrait de la chanson « The Kids »)

… et choisira le suicide.

« Voici l’endroit où elle reposait sa tête, le soir lorsqu’elle se couchait.
Voici l’endroit où ses enfants ont été conçus
Cette chambre éclairée aux chandelles
Voici l’endroit où elle s’est ouvert les veines
Cette étrange et fatale nuit… »
(Extrait de la chanson « The Bed »)

Bob Ezrin va s’investir avec la même ambition dans l’écriture des arrangements. Du dépouillement le plus déchirant à la grandiloquence la plus baroque, son travail fera beaucoup pour la légende de cette symphonie malade. Ezrin sera aussi responsable du formidable choix des musiciens : le bassiste Jack Bruce, le batteur Aynsley Dundar, le clavieriste Steve Winwood, l’époustouflant guitariste Steve Hunter… L’enregistrement se passe à Londres dans une ambiance de travail intense et de dérives chimiques. Autant d’efforts et d’excès fragiliseront la santé mentale des protagonistes. Lou Reed admet qu’il ne se souvient plus de grand-chose. Ezrin plongera dans une grosse dépression. Un malaise accentué par l’échec qui anéantira toute velléité de tournée. « Pourtant, explique Ezrin, ce projet avait une ambition scénique. J’ai tous les croquis que nous avions imaginés pour la mise en scène. Andy Warhol lui-même avait encouragé Lou à porter « Berlin » sur scène ».

à la scène
Trente quatre ans plus tard, grâce, entre autres, à l’insistance de Bob Ezrin, de Steve Hunter et de Julian Schnabel, l’album revit sur scène. Les deux concerts donnés au St Ann’s Wharehouse de Brooklyn sont un succès. Epaulé par Ezrin à la direction artistique, Hunter à la guitare, des musiciens tels que Fernando Saunders ou Rob Wassermann, Anthony aux chœurs, Julian Schnabel aux décors et à la mise en scène, Lou Reed, le magnifique, avec sa six-cordes et sa voix incomparable, nous ensorcèle et nous entraîne dans la ballade tragique de Caroline et Jim.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Je l’attendais impatient, ce soir là, à Lille, merci au Majestic, les salles le diffusant n’étant pas légion. Qu’ai-je vu, un film, un documentaire, non là je n’aime pas le mot, et ce qui se mit à vivre dans la salle, tenait bien du concert. Une chapelle quoi de mieux pour cet expérience, des couleurs apportées par Schnabel, et une partition musicale, une œuvre totale.
Lou Reed la voix au départ comme un peu intimidé, ou est-ce une impression, une simple projection de ma part. Au fil des morceaux, l’assurance est grandissante, l’émotion aussi, les chœurs de blanc vêtu, jeunes filles, innocence virginale pour œuvre décadente, l’histoire de deux enfants sur la pente du drogue way of life et sa conclusion terrible.
Cette interprétation, des musiciens talentueux, dont la performance arrache même un sourire à Lou Reed himself.
La musique sombre, l’histoire funeste vous tord les tripes, pas d’effet inutile, juste l’essentiel, tout au service de Berlin, une partition musicale monumentale, aussi sobre que poignante et désespèrante.
Berlin rejeté, vilipendé est de retour, et illumine les murs de St Ann’s Wharehouse, , l’album a laissé sa marque, ce film, ce concert filmé, ce concert (oui il m’a tordu les tripes comme une veritable prestation Live) aussi !
@import url(http://medias.lemonde.fr/mmpub/css/blog.css); le site officiel
Lou Reed et Le Velvet – Clips

Advertisements

2 thoughts on “Lou Reed – Berlin Filmé par Julian Schnabel

  1. Vu le concert (sensationnel) à Lyon. Tu en parles remarquablement.Le film par contre…j’attendais un peu plus de Schnabel qu’un concert filmé, j’avoue. D’autant qu’avec une oeuvre aussi profonde et complexe que celle-ci…il y aurait un véritable film à faire, je crois. Un jour, peut-être…

  2. N’ayant pu voir le concert, j’ai vu le film, le concert filmé avec délice.la réserve de Lou reed, son entourage..tout quoi,le duo avec Anthony, je n’en parles pas d’ailleurs, un oubli impardonnable, un moment de pure sensation..ce film, ce “concert” m’a ému au plus haut point, les rides sur le visage de l’artiste devenaient miennes..Quand à Schnabel, il suivait je crois le désir de Lou Reed, et sa sobriété, la pudeur de sa camera colle bien à l’ensemble..ha j’en reprendrai bien une tranche ..

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s