Le Ruban blanc – De Michael Haneke

Le Ruban blanc

(Das weiße Band − Eine deutsche Kindergeschichte)

De Michael Haneke

Avec Christian Friedel (l’instituteur), Ernst Jacobi (le narrateur : l’instituteur âgé), Leonie Benesch (Eva), Ulrich Tukur (le Baron), Ursina Lardi (Marie-Louise, la Baronne)…

Palme d’or Festival de Cannes 2009
Synopsis

Un village de l’Allemagne du Nord protestante.
1913/1914. A la veille de la première guerre mondiale.
L’histoire des enfants et adolescents d’une chorale dirigée par l’instituteur du village, leurs familles : le baron, le régisseur, le pasteur, le médecin, la sage-femme, les paysans.
D’étranges accidents surviennent et prennent peu à peu le caractère d’un rituel punitif.
Qui se cache derrière tout cela ?

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Le Ruban Blanc
Ce pourrait être un village comme tant d’autres. Un bourg érigé autour d’une hiérarchie sociale assez classique, une bourgade du début du siècle dernier, tout en haut le château et le baron et sa famille, propriétaire des terres et donc un peu des hommes, un cran plus bas, l’autorité religieuse, nous sommes dans un fief protestant, nous retrouvons donc le pasteur et sa famille, il mène celle-ci à la baguette, au propre comme au figuré, les lois du seigneur sont ici sources de souffrances . Bien sur ce tableau serait incomplet sans la présence du médecin, garant de la santé publique en quelque sorte, celui-ci ouvre d’ailleurs le bal, première victime des incidents qui durant quelques mois vont secouer, ébranler cette communauté. Surgissant ici et là sans que l’on puisse répondre véritablement aux charades posées, les épreuves s’abattent tant et aussi soudainement qu’une pluie d’orage, sur ce paysage pourtant nimbé d’une lumière vive résultat d’un soleil à la luminosité éclatante.
Du docteur manquant se briser le coup, son cheval trébuchant sur une cordelette tendue entre deux arbres, au paysan perdant son épouse dans un étrange accident, de l’enfant disparaissant mystérieusement, retrouvé ligoté atteint dans sa chair, au jeune infirme littéralement torturé le climat se plombe.
Il ne régnait pas ici à vrai dire une ambiance de réelle insouciance, ce village tenu dans une véritable dépendance féodale, les uns pliant sous le joug des autres, le tout écrasé sous le poids du péché pour lequel il faut sans cesse payer, dans le meilleur des cas lutter encore et encore, voila ce que vous apprend l’église dès votre plus jeune âge .
Les enfants du pasteur vivent ainsi sous un joug étouffant, coup de badines, contentions nocturnes pour lutter contre les pulsions impures et ce fameux ruban blanc à porter en évidence, non pas en signe de pureté mais bien pour vous rappeler quel est le chemin pour tendre vers celle-ci !
Ainsi va la vie dans ce bourg de plus en plus malsain, et sous la tension générale qui empire à chaque nouvel incident, est-ce les esprits exacerbés qui laissent échapper tout ou partie de ce que le fruit a de pourri : amant et maitresse s’envoient des mots orduriers à la figure, l’autorité parentale prend des allures de viol, la violence gronde et bouillonne dans les veines.
Si l’instituteur, le narrateur de notre histoire, explore ses souvenirs et avoue parfois quelques lacunes, il s’avère être tout aussi inefficace pour résoudre la succession de faits qui empoissonne l’existence des villageois ! Tout à son histoire d’amour il attend sa future promise, un chaste baiser comme unique gage !
Michael Haneke crée un film en noir et blanc pourtant éclairé d’une lumière, celle venu des champs de pailles, des blés encore sur pieds et aussi des alignements de choux, peut-être la seule scène de révolte contre un ordre établi réside-elle dans le massacre de cette culture ?
Si l’action se situe à la veille d’un conflit mondial, le réalisateur nous interpelle, en ce sens il pose des jalons pour d’éventuelles questions, et l’ensemble alors acquiert une dimension qui se joue des frontières.
Haines, conflits et guerres résultats d’anciennes séquelles, manquements affectifs perpétués, peut-être. Résultats de jalousie, de sentiment d’inégalité certainement !
Une scène parmi tant, un enfant, ruban blanc stigmatisant, visage fermé, dur sur lequel roulent deux larmes, souffrances rentrées pour combien de haine alors emmagasinée !
Quatre jours se sont écoulés, le temps de laisser ce film macérer dans mon esprit, période nécessaire, suffisante non, il continuera de m’habiter encore quelques temps, non pas comme quelque chose d’agréable mais bien comme une œuvre riche et complexe, je disais interrogative ! Oui dés la sortie de salle et encore plus après !
Voila une occasion de retrouver avec plaisir Ulrich Tukur (Séraphine, La vie des autres) au sein d’un casting parfait, les comédiens les plus jeunes sont impressionnants de justesse, certainement très bien dirigés également. Enfin cette photographie qui sublime acteurs et paysages, un quasi noir et blanc, la couleur légèrement altérée du passé, un grain magnifique! Michael Haneke a soigné son travail ! Bravo !

Le Ruban Blanc – Site Officiel

Excessif.Com “…Le film a par conséquent les qualités de ses défauts : un manque évident d’émotion. En usant plus d’ambiguïté que d’un sermon moralisateur, Haneke tient à ausculter comme dans un laboratoire une société archaïque qui s’empêtre dans un puritanisme mortifère et assène des principes d’éducation réactionnaires. En opposition aux doutes existentiels des enfants sur la mort et l’existence de Dieu, les adultes perpétuent une tradition de non-dit héritée de leurs parents, adossant un mutisme réprobateur et une fin de non-recevoir.On le voit à travers le couple formé par l’instituteur et sa blonde virginale : l’amour y est presque toujours perçu comme un sentiment dangereux, voire impur, une espèce de prolongement du péché originel qu’il faut sanctionner, soit en brisant les ailes des jeunes amoureux, soit en réprimant les fauteurs de troubles. A la fin, ce sont les enfants qui payent pour l’hypocrisie du village. A charge de revanche, ils peuvent eux aussi se révéler encore plus monstrueux que leurs ancêtres…”
CritiKat.Com “…Des épisodes violents dont on ne parvient pas à identifier les responsables viennent perturber le labeur quotidien et instaurer un climat d’inquiétude. Violence psychologique et violence physique s’installent alors sur le terreau fertile de ce village en se nourrissant mutuellement. Haneke montre ainsi comment le désir absolu de pureté et de droiture (représenté dans le film par l’éducation puritaine et symbolisé par le ruban blanc du titre) ne peut engendrer que le noir le plus sombre de la violence..” &”..La fameuse stratégie de distanciation du cinéaste autrichien – qui est souvent décrite comme étant destinée à détacher le spectateur de l’histoire afin de provoquer sa réflexion – est encore à l’œuvre dans Le Ruban blanc : Haneke y choisit de ne pas identifier formellement les criminels et de conserver la violence physique hors champ. Mais ce procédé a pour effet collatéral de nous tenir à distance du cœur du problème : la genèse de la violence. On aimerait pourtant l’ausculter, s’approcher de ce moment où tout bascule, appréhender les âmes au plus près. Mais, bien plus que les individus, ce sont les systèmes, les concepts, les messages qui semblent intéresser Haneke…”
Le Monde.Fr“Le Ruban blanc” : violence et boucles blondes dans l’Allemagne puritaine

INTERVIEW MICHAEL HANEKE : LE VESTIGE DU MAL ( Excessif.Com )
“…Si on érige en absolu un principe ou un idéal, qu’il soit politique ou religieux, il devient inhumain et mène au terrorisme. C’est le but du film : choisir l’exemple le plus connu pour parler de l’idéalisme perverti, de ce qui passe aujourd’hui. L’idée du communisme est belle mais, dès que ça devient une idéologie, ça devient dangereux parce qu’elle désigne un ennemi : tous ceux qui ne soutiennent pas cette idéologie deviennent nuisibles. D’ailleurs, au départ, j’avais envisagé comme titre «La main droite de Dieu», car les enfants du film appliquent à la lettre ces idéaux et châtient ceux qui ne les partagent pas totalement. Dans Le ruban blanc, ce ne sont pas les parents qui sont punis pour leurs crimes mais ce sont les plus faibles auxquels on s’attaque pour punir les coupables. Comme dans la scène avec l’enfant handicapé qui se fait torturer…”

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2 thoughts on “Le Ruban blanc – De Michael Haneke

  1. To Alain : Oui, Haneke tend vers une vérité qu'il cherche encore et encore à découvrir..haine et violence, innées ou fruits d'une conjoncture?Il nous pose encore la question, à nous de reflechir !En tout cas oui il crée un tableau sublime, quel travail sur la lumière…pas facile de parler de telles œuvres !à+

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